Page chargée

Conseils d'intervenants

5 conseils pour réussir une rencontre initiale en contexte interculturel

06 juin 2022 Benoît Malric

De manière générale, l’intervention en contexte interculturel nécessite une approche personnalisée et une préparation particulière. En effet, elle diffère en fonction des circonstances d’immigration de l’individu que l’on souhaite accompagner ainsi que des divers cadres de référence culturels privilégiés lors des interactions. Dans certaines circonstances, il peut être plus complexe d’établir une dynamique relationnelle propice au contexte d’intervention.  La rencontre initiale est donc un moment clé pour faire une bonne première impression et mettre en place un plan d’accompagnement approprié pour la suite.  Afin de mettre de l’avant les stratégies spécifiques à ce contexte d’intervention, nous avons questionné des intervenants d’expérience et réuni leurs 5 principaux conseils pour mener une rencontre initiale efficace et sécurisante

1) Être bien préparé

Lorsqu’on intervient auprès de personnes immigrantes, il ne faut jamais perdre de vue qu’elles gèrent des procédures administratives reliées à leur processus d’immigration avec le gouvernement du Québec, et ce, depuis plusieurs années. Elles doivent donc répéter leur histoire d’immigration chaque fois qu’elles rencontrent un nouvel intervenant et, conséquemment, revivre certaines émotions potentiellement inconfortables et difficiles à nommer. Afin d’éviter à l’individu de devoir partager pour une énième fois ces informations sensibles, Katia Girard, coordonnatrice de projet au Groupe Inclusia, suggère aux intervenants de bien préparer la portion administrative de la rencontre. Par exemple, certains documents peuvent être complétés au préalable afin d’alléger cette étape essentielle : le document d’autorisation d’échange des renseignements avec les différentes organisations impliquées, le formulaire d’identification des besoins, ainsi que le formulaire d’identification de la personne pour l’entrée dans CE-RIGES en sont de bons exemples. L’intervenant aura ainsi un portrait global du vécu et des besoins de l’individu avant même de le rencontrer et pourra alors se concentrer davantage à établir un climat informel et un lien de confiance avec celui-ci. Il sera toutefois nécessaire de valider les pièces d’identité de l’individu avant d’ouvrir le dossier auprès du ministère.

2) Créer les conditions propices pour établir un lien de confiance

De nombreux intervenants observent qu’il est particulièrement complexe d’accompagner un individu dans son processus de régionalisation et d’intégration lorsque les conseils qui lui sont partagés ne sont pas mis en application. Afin d’éviter de se retrouver dans cette situation, Julie-Christine Hélas, agente de mobilisation à l’immigration à la MRC Kamouraska, invite les intervenants à se concentrer davantage à établir un lien de confiance lors de la rencontre initiale plutôt que d’insister de façon expéditive sur les tâches à effectuer. Pour ce faire, elle suggère d’adopter une position d’écoute active, qui permettra de bien cerner les besoins de l’individu, mais aussi de brosser un portrait de ses rêves, aspirations, intérêts ainsi que de sa perception de la démarche et de son projet d’immigration. Il est primordial de documenter ces aspects et d’en faire le suivi lors des rencontres subséquentes. Il peut être intéressant, également, de poser des questions afin de bien comprendre comment se déroule l’intégration au marché du travail dans le pays d’origine de l’individu. Il sera ainsi plus facile de l’aider à recadrer certaines pratiques du Québec à ce sujet. Bref, l’intervenant doit démontrer qu’il considère aussi bien l’individu que sa situation particulière, qu’il est outillé pour s’y adapter et, surtout, qu’il a un intérêt sincère à construire cette relation d’accompagnement; en définitive, c’est ce contact humain et empathique qui viendra enraciner le lien de confiance entre l’aidant et l’aidé.  

3) Sortir du cadre formel de l’intervention

Les services d’accompagnement pour l’intégration des personnes immigrantes à la société québécoise découlent d’une vision interventionniste de l’État, ce qui n’est pas nécessairement le cas de tous les pays. De nombreuses personnes immigrantes mentionnent qu’elles n’ont pas l’habitude de pouvoir bénéficier de services gratuits pour les aider dans les différents aspects de leur vie. De plus, plusieurs d’entre elles stipulent qu’elles peuvent entretenir une certaine méfiance envers les institutions en raison d’événements vécus dans leur pays d’origine. Elles ajoutent aussi qu’il peut être complexe de comprendre le fonctionnement formel de la bureaucratie québécoise, ce qui peut malheureusement les amener à se distancier des services d’accompagnement qui lui sont offerts. Pour ces raisons, Kevin Lacasse, directeur développement, partenariats et communications chez Le Tremplin, propose de tenir la rencontre initiale dans un lieu plus informel afin de normaliser le contexte de l’intervention. De cette façon, la personne immigrante aura moins tendance à identifier l’intervenant comme un représentant officiel de l’institution et à le percevoir d’emblée en position hiérarchique supérieure. Cette formule moins rigide est aussi moins intimidante; elle aura pour bénéfice d’alléger le premier contact et d’installer le confort et la transparence qui favoriseront le dévoilement de certains aspects du projet d’immigration.

4) Coconstruire le plan d’action avec l’individu

Bien qu’il soit essentiel de mettre en place des conditions propices au développement de la relation avec l’individu, il est aussi nécessaire que la rencontre initiale se termine par un accord mutuel sur les objectifs de cette relation et les prochaines actions à effectuer. L’intervenant doit donc s’assurer que les attentes respectives ont bien été communiquées et comprises de part et d’autre. Pour ce faire, il est utile d’impliquer la personne immigrante dans la construction de son plan d’action. L’intervenant peut présenter les grandes étapes d’un accompagnement et questionner l’individu afin qu’il puisse identifier à quelle phase du processus il croit se situer. Il faut garder en tête qu’un projet de régionalisation prend forme progressivement et ne devient concret pour la personne qu’après un certain temps. L’intervenant peut aussi présenter différents scénarios d’intervention et demander à l’individu avec lequel il se sent le plus confortable. C’est ce que recommande Ana Luisa Iturriaga, directrice à l’immigration chez Saint-Hyacinthe Technopole. Elle ajoute qu’il est essentiel pour un intervenant d’outiller l’individu qu’il accompagne et de nourrir sa réflexion plutôt que de lui dicter ce qu’il doit faire, et ce, afin de le responsabiliser dans sa démarche. Avant de terminer la rencontre initiale, il est conseillé de demander à l’individu de résumer ce qu’il a compris plutôt que de simplement lui demander s’il a compris. De cette façon, l’intervenant pourra rectifier certains enjeux d’interprétation sur place et ainsi éviter des incompréhensions potentielles. Il est aussi suggéré d’écrire un courriel à la personne en énumérant les grandes lignes de la rencontre; cet aide-mémoire pourra être consulté ultérieurement et servir de rappel de l’engagement de l’individu, au besoin.

5) Développer une pratique réflexive sur ses interventions

Chaque intervenant construit, au fil du temps, ses propres méthodes d’intervention à partir de sa formation et de ses expériences. Il est donc naturel de développer certains automatismes, qui s’ancreront dans une routine d’échanges et d’interaction. Pourtant, le contexte d’intervention interculturelle implique une certaine hétérogénéité des profils, ce qui signifie que nous ne pouvons pas assumer qu’une personne immigrante se comportera exactement comme les précédentes, et ce, même si elle fait partie du même groupe ethnique. Un intervenant doit donc s’assurer de demeurer agile et flexible dans sa façon d’interagir avec sa clientèle. Par conséquent, il a tout intérêt à prendre le temps de s’arrêter pour réfléchir à ses pratiques d’intervention afin de déceler ses propres préjugés et biais de perception. Charline Gagnon, agente de liaison interculturelle chez Services de main-d’œuvre l’Appui, explique que nous possédons tous certains préjugés. Il faut donc cultiver une pensée introspective et lucide afin d’éviter, en tant qu’intervenant, de laisser ces idées préconçues influencer notre analyse d’une situation. Outre ces éléments, les niveaux de langage et d’énergie de l’intervenant peuvent aussi avoir un impact sur sa relation avec l’individu. Un intervenant aguerri doit donc apprendre à nuancer sa présence afin de trouver le niveau d’intervention adéquat et la bonne façon de s’adresser à chaque individu. Finalement, il peut être constructif et formateur de simuler certains contextes d’intervention avec des collègues dans une perspective d’échange; en s’exposant aux perceptions, pratiques et ressources de nos pairs, on s’ouvre assurément à de nouvelles façons de faire qui viendront relever notre niveau d’intervention

Nous espérons que ces conseils sauront vous aider dans votre pratique quotidienne. Nous aimerions également connaître les astuces et recommandations qui favorisent l’efficacité de vos interventions en contexte interculturel.

N’hésitez pas à nous partager vos impressions au benoit.malric@outlook.com.